Pendant très longtemps, des règles intensément douloureuses étaient considérées comme une simple déclinaison des règles modérément douloureuses. Une situation inévitable de la condition féminine. Pourtant, cette souffrance cache peut-être une maladie gynécologique mal connue. Souvent diagnostiquée tardivement, en dépit de son impact négatif sur la vie des femmes : l’endométriose. Le point sur cette maladie.

L’endométriose est une maladie gynécologique inflammatoire chronique (évolutive, de longue durée et susceptible de provoquer de graves complications). Elle touche entre 5 à 20 % des femmes en âge de procréer et 40 % des femmes souffrant de douleurs dans le bas ventre. D’après une étude publiée en 2012, dans la revue Human Reproduction, les femmes atteintes d’endométriose ont en moyenne une qualité de vie inférieure de 20 % à celle des femmes en bonne santé. 

Chez ces personnes, un tissu avec des caractéristiques identiques à celui de l’endomètre, se développe en dehors de l’utérus. Il est responsable de ce qu’on appelle lésions d’endométriose. L’endomètre est la muqueuse qui tapisse la paroi interne de l’utérus. Il s’épaissit pendant le cycle, sous l’effet des œstrogènes, pour accueillir une éventuelle gestation. En l’absence de fécondation, l’endomètre s’effondre et est évacué. On parle alors de menstruation. Au moment des règles, ce tissu saigne tout comme l’endomètre. Mais comme il s’est développé dans des localisations anormales, ce saignement provoque de fortes douleurs. Celles-ci sont accompagnées de réactions inflammatoires, dans les zones où ce tissu s’est déposé. (Par exemple, au niveau des ovaires, du côlon, des canaux reliant les reins à la vessie…)

ORIGINE ET SYMPTÔMES DE L’ENDOMÉTRIOSE

Aujourd’hui encore, les médecins ignorent les causes exactes l’endométriose. On ne sait pas encore pourquoi cette maladie se développe chez certaines femmes et pas d’autres. Il existe toutefois deux théories avancées. La première suppose que durant les règles, le sang menstruel contenant des cellules de l’endomètre, refluerait via les trompes de Fallope. Les cellules endométriales se nicheraient ainsi dans les organes du bassin. Cette hypothèse tient la route pour l’endométriose interne. Mais comme elle peut aussi être externe, une autre hypothèse avance que ces cellules pourraient être transportées à travers la circulation lymphatique ou sanguine, se disséminant ainsi dans d’autres endroits du corps.

Les symptômes de l’endométriose varient en fonction de la localisation des lésions d’endométriose. Ils sont cycliques pour la plupart et varient sous l’influence des œstrogènes. Ils se manifestent quelques jours avant les règles et s’arrêtent avec celles-ci. Toutefois, ces symptômes peuvent évoluer et durer plus longtemps. Le plus fréquent demeure des douleurs pelviennes, très intenses, mais aussi :

  • Règles douloureuses voir extrêmement douloureuses
  • Rapports sexuels douloureux
  • Troubles urinaires (saignements dans les urines, brûlures)
  • Troubles du transit (saignements dans les selles, constipation, diarrhée)
  • Ballonnements
  • Fatigue
  • Infertilité
  • En dehors de la période des règles, les femmes atteintes d’endométriose peuvent également souffrir lors des rapports sexuels (dyspareunie) ou encore au moment de la défécation.

TRAITEMENTS

Toutes les règles douloureuses ne sont pas forcément symptomatiques d’une endométriose. Mais des douleurs intenses au point de se tordre constituent un signal d’alerte. Cette banalisation de la souffrance liée au tabou des menstruations est la cause principale du retard de diagnostic. D’ailleurs, on découvre souvent la maladie par hasard, en faisant d’autres examens (généralement en rapport avec des traitements de fertilité). Or, plus la prise en charge est précoce, meilleures seront les chances de succès thérapeutiques.

Une fois installée, cette maladie est difficile à éliminer. Mais il existe de nombreux traitements pour soulager les douleurs liées à l’endométriose. Ces traitements empêchent son évolution par la formation de nouvelles lésions. Le traitement varie en fonction du stade d’évolution de la maladie, de l’âge de la patiente. Il doit prendre en compte son désir d’enfantement.

En effet, le traitement le plus simple est médical et se décline en deux volets. Le premier consiste dans la prise de médicaments réduisant l’inflammation et agissant contre la douleur provoquée par l’endométriose. Ils doivent être pris à l’approche des règles et tant que la douleur perdure. Ils ne permettent pas d’éradiquer la maladie, mais simplement à la rendre supportable. La deuxième approche consiste en un traitement hormonal. La patiente sera amenée à prendre une pilule contraceptive sans interruption ou à porter un stérilet à la progestérone. Ceci permettra de mettre l’endomètre au repos, empêcher la migration de la muqueuse et la récidive de l’endométriose. Le médecin peut également prescrire des médicaments analogues de la LHRH, destinés à bloquer la production d’œstrogène. Ce traitement provoque une ménopause artificielle où les lésions d’endométriose se dessèchent progressivement et les inflammations diminuent jusqu’à leur disparition.

Mais si le traitement médical échoue, ou si la patiente désire avoir un enfant, il faudrait procéder à une intervention chirurgicale. Elle vise à détruire les cellules endométriales qui se sont logées en dehors de l’utérus.

À l’issue de cette opération pratiquée par cœlioscopie (une chirurgie mini-invasive réalisée à l’aide d’une petite caméra) seules les femmes qui présentaient une endométriose sévère (ou dont le mari a un sperme anormal) sont encouragées à entreprendre une fécondation in vitro. Les autres femmes n’en auraient pas besoin et peuvent procréer dans les mois qui suivent. L’intervention ne garantit malheureusement pas une non-récidive de la maladie.

Chez les femmes ne désirant pas avoir d’enfants, l’ablation des ovaires est envisageable. Les foyers de l’endométriose ne seront plus stimulés et la douleur disparaît.

Des remèdes naturels permettent également de soulager la douleur et de réduire les symptômes associés à la maladie. Les médecins recommandent de consommer des fruits et légumes riches en fibres, quotidiennement afin de faciliter le transit intestinal et réduire l’inflammation. Il faudrait également privilégier les aliments riches en oméga 3 et en oméga 6. Ceux-ci réduisent en effet la production des prostaglandines (hormones responsables des douleurs menstruelles). Afin de soulager les douleurs, Il faudrait appliquer de la chaleur sur les zones douloureuses à l’aide d’une bouillotte par exemple, faire du sport ou encore des séances d’acupuncture.

ENDOMÉTRIOSE ET INFERTILITÉ

L’endométriose n’est pas nécessairement responsable d’infertilité, même si elle se trouve dans un cas d’infécondité sur deux. Les lésions endométriosiques peuvent former des kystes qui viennent obstruer les trompes de Fallope et empêcher une activité normale des ovaires. Les cellules endométriales provoquent des inflammations au niveau de la cavité abdominale perturbant ainsi la composition du liquide péritonéal où se situent ovulation et fécondation. En supprimant ces foyers d’inflammation, la fertilité est souvent restaurée; Ceci explique ainsi le succès des opérations chirurgicales chez les patientes atteintes d’endométriose et voulant procréer.

POUR RÉSUMER

L’endométriose ne remet pas en cause le pronostic vital des personnes atteintes. Rien ne prouve son lien avec le cancer. C’est donc une maladie bénigne. Les douleurs qu’elle provoque affectent, parfois intensément, la qualité de vie des femmes qui en souffrent. Et bien qu’elle accroisse les risques d’infertilité, son impact n’est pas irréversible puisque la pratique d’une opération chirurgicale permet dans plus de la moitié des cas de parvenir à une grossesse spontanée.


Source: La Sultane #44