Avec 31% de la mortalité totale, les maladies cardiovasculaires représentent la première cause de mortalité dans le monde selon l’Organisation Mondiale de la Santé. C’est le cas également en Tunisie, mais avec des chiffres qui font froid dans le dos. Une étude relativement récente élaborée par le Ministère de la Santé et présentée à l’occasion des 14ème Journées Tuniso-Européennes de Cardiologie Pratique montre que 82% des décès enregistrés en Tunisie sont dus à ces maladies, et notamment à l’infarctus du myocarde (IDM), communément connu par la crise cardiaque. Il est plus que jamais temps de tirer la sonnette d’alarme en raison de ses lourdes conséquences individuelles et collectives.

De quoi s’agit-il ?

L’IDM est provoqué par l’obstruction d’une des artères qui irriguent le cœur (appelées les artères coronaires). Ceci entraîne la nécrose d’une partie du muscle cardiaque (myocarde). En termes plus simples, le muscle cardiaque est vascularisé par des artères. Lorsque l’une de ces dernières se bouche, le muscle ne reçoit plus de sang, donc plus d’oxygène, et ses cellules ne parviennent plus à se contracter et meurent en quelques heures.

La gravité d’un IDM est une fonction croissante de la rapidité de l’intervention pour désobstruer l’artère. Si une zone large du myocarde est irriguée par l’artère atteinte, l’étendue de l’accident cardiovasculaire est plus importante et toute la pompe cardiaque peut être atteinte. D’où l’importance de la rapidité de l’intervention.

Quels sont les signes qui doivent alerter ?

Toutes les victimes d’IDM ne montrent pas nécessairement les mêmes symptômes. Parfois, aucun signe prémonitoire n’est observé. L’infarctus frappe soudainement contrairement à ce que nous pouvons observer dans les scènes cinématographiques. Un IDM peut se manifester à tout moment. Le principal signe clinique d’un IDM est la douleur qui apparait au niveau de la poitrine. Ce malaise dure pendant plus de 20 minutes et la douleur peut se propager dans les bras, le plus souvent gauche, le dos, la mâchoire inférieure et la gorge. D’autres symptômes peuvent se manifester : forte transpiration, sueurs froides, nausée, vomissements, sentiments­ d’angoisse,­e­ssoufflement,­ brûlures d’estomac ou fatigue inexpliquée. Les patients parlent d’une sensation de mort imminente.

Il ne faut jamais confondre un IDM avec un arrêt cardiaque. Un arrêt cardiaque brusque se produit lorsqu’une perturbation électrique dans le cœur trouble son action de pompage, arrêtant l’écoulement du sang dans le reste du corps. L’arrêt cardiaque peut être une complication de l’IDM.

Quels sont les facteurs de risque ?

Les facteurs de risque de l’IDM sont connus. Nous nous pouvons les classer en deux principaux groupes. Le premier regroupe les facteurs que nous pouvons qualifier d’« incontrôlables ». Ils sont au nombre de deux : l’âge et l’hérédité. Il est évident que plus une personne est âgée, plus le risque d’être victime d’un IDM est important. De même, l’historique des accidents cardiovasculaires des membres de sa famille est un élément qui exige plus d’attention. Le sexe faisait partie de ce groupe. Cette maladie, longtemps considérée comme l’apanage des hommes, touche de plus en plus les femmes jeunes. En effet, avec le changement du rythme de vie, il n’y a quasiment plus de différences entre les deux sexes. Le quotidien des femmes s’est masculinisé et elles sont de plus en plus exposées à des facteurs de risque plutôt «contrôlables». C’est malheureusement, l’un des rares domaines où la femme a pu obtenir l’égalité entre les sexes assez rapidement !

Quelques exemples

Ce deuxième groupe englobe principalement :

  • Le tabagisme qui favorise le dépôt de plaque de graisses dans les parois des artères. Avec le temps, les artères se bouchent et la circulation du sang n’est plus­ fluide,
  • L’excès de cholestérol dans le sang qui conduit également à la formation de plaques de graisses,
  • La sédentarité. Ceux qui passent leurs journées cloués à leurs chaises et devant les écrans des ordinateurs doivent faire doublement attention. Le manque d’activité physique augmente significativement ­les ­risques,
  • Le diabète,
  • L’hypertension artérielle,
  • L’obésité et le surpoids augmentent le risque de survenue d’accidents cardiovasculaires.
  • La consommation abusive d’alcool,
  • La contraception par la pilule
IDM et tabagisme

Les chiffres tunisiens

En Tunisie et selon une enquête réalisée en 2008, près de 15% des décès des femmes en âge de reproduction sont dus aux maladies cardiovasculaires. Elles constituent la deuxième cause de mortalité chez les femmes de moins de 50 ans, après les cancers. La maladie coronarienne chez la femme présente ainsi un problème de santé public.

L’IDM chez les femmes

Chez les femmes, l’infarctus ne se manifeste pas toujours comme chez les hommes (douleur dans la poitrine irradiant le bras gauche et la mâchoire…). En fait, près de la moitié des femmes de moins de 60 ans, victimes d’un infarctus du myocarde n’ont pas ressenti de symptômes classiques. Cette méconnaissance engendre un retard de diagnostic et une prise en charge thérapeutique plus tardive. Ce qui alourdit les complications et réduit les chances de survie.

Des campagnes d’informations doivent être lancées pour apprendre aux femmes à reconnaître les symptômes atypiques de l’infarctus. Elles doivent consulter si elles ressentent de manière brutale une oppression­ thoracique, des ­d­ifficultés à respirer, des palpitations, un e­ssoufflement­ important­ à­ l’effort­ ou même au repos, une grande fatigue persistante ou des troubles digestifs à type de nausées. Naturellement, les femmes ont tendance à sous-estimer la douleur, elles négligent ainsi ces manifestations et les attribuent au stress et à la fatigue. Ceci contribue au retard diagnostique et thérapeutique.

Comment réagir face à la suspicion d’un IDM ?

Le facteur temps est le paramètre principal de la prise en charge thérapeutique de l’infarctus. En effet, la taille de celui-ci augmente avec la durée de l’occlusion coronaire. La performance contractile du muscle cardiaque se détériore avec l’augmentation de cette taille. Les deux premières heures sont déterminantes pour mettre en œuvre la ­thérapeutique­ adéquate. ­Le ­réflexe à acquérir est d’appeler le service d’aide médicale urgente (SAMU) au 190.­ Il­ faut­ éviter­ de­ prendre­ seul­ le volant de sa voiture pour se diriger aux urgences les plus proches. Car un IDM­ peut­ déclencher­ une­ fi­brillation ventriculaire. Il s’agit d’un trouble de rythme cardiaque très grave qui entraîne, dans la plupart des cas, une mort subite si la victime ne reçoit pas un choc électrique (délivré par un défibrillateur­ externe) ­en ­l­’espace de 3 à 5 minutes du déclenchement de la crise.

D’où l’importance du transport médicalisé par le SAMU qui dispose de l’équipement nécessaire et la nécessité de l’implantation de d­éfibrillateurs ­automatiques­ externes (DAE) dans les espaces publics. Malheureusement, très peu sont aujourd’hui disponibles en Tunisie et il est temps de se mobiliser pour sauver des vies.

Quelle vie après un IDM ?

La survenue d’un IDM constitue un tournant important dans une vie. Pour éviter une seconde crise, potentiellement mortelle, la victime doit revoir son mode de vie. Il faut d’abord respecter à la lettre les consignes de son médecin et le consulter régulièrement. Il faudrait que l’alimentation soit équilibrée et variée se rapprochant le plus du fameux régime méditerranéen. Par ailleurs, si le patient est en surpoids, il est impératif de perdre quelques kilos pour soulager le cœur. Il est obligatoire d’oublier la cigarette et la bouteille de vin et de les remplacer par une activité physique progressive et régulière. Ne plus bouger dans la crainte de revivre une deuxième crise n’a aucun sens.

Mais l’idéal serait d’adapter ce mode de vie sain par défaut, même sans être victime d’un malaise cardiovasculaire. La lutte contre le tabagisme, la sédentarité et l’obésité constituent la pierre angulaire de la prévention ce­ fléau.« Prenez soin de votre cœur, il prendra soin de vous ! ».

Par : Docteur Emna ALLOUCHE Assistante Hospitalo-Universitaire Service de Cardiologie Hôpital Charles Nicolle- Tunis

Source: La Sultane #40